La légende des sources de Néris

Illustration ange-démon

 Il y a bien longtemps, vivaient les Néréides, filles de Nérée et de Doris, petites filles de l'Océan. Ces nymphes formaient le cortège de Neptune et devaient épouser les fils de Triton, de façon à former une race de Dieux marins.


Rubens 1633 - Néréide et Triton

Mais l'une d'entre elles décida de se soustraire à cet ordre et d'épouser un mortel, Dus, le père des Gaulois. Pour rejoindre son amant, elle déroba le char de feu et s'enfuit vers la Gaule.


Comme elle approchait du centre de la Gaule et de la forêt où habitait Dus, Neptune, irrité, déchaîna les vents et la tempête, et le char désemparé vint se briser et s'engloutir dans les profondeurs de la terre, à l'endroit où plus tard devaient jaillir les sources thermales de Néris.


Ému par les plaintes de Nérée et de Doris, Neptune finit par se laisser attendrir et retira de la profondeur de la terre le char englouti, quant à la Néréide, il la transforma en une magnifique source, douée des vertus les plus bienfaisantes, mais en lui imposant de rester sommeiller sous la terre jusqu'à ce qu'une vierge de la race de Dus vint la réveiller.


Il se passa un grand nombre d'année et les descendants de la race de Dus peuplèrent la plus grande partie de la Gaule, quand il y a près de 4000 ans, par un beau jour de printemps, de l'immense forêt qui couvrait alors tout le Bourbonnais, et dont la forêt de Tronçais représente le magnifique reste, sortirent trois belles jeunes filles dont la légende a conservé les noms: Tullia, Boina, et Néria.


Dans sa main, Tullia tenait un marteau, Boina une faucille, quant à Néria, elle tenait un vase plein d'eau, qu'elle avait puisé au fond de la forêt, à l'endroit que l'on appelait la Moute Sauvage.


Druides

Nos trois Druidesses arrivèrent au point le plus élevé de la contrée, et séduites par la vue magnifique, résolurent de s'arrêter et d'offrir aux gens de la contrée l'eau bénéfique. Mais elles furent bien mal reçues et ces habitants rudes et sauvages égorgèrent la pauvre Tullia.


Boina et Néria s'enfuirent sans s'arrêter jusqu'au bord du Cher. A cette époque, les eaux de la rivière couvraient complètement la cuvette où se trouve érigé Montluçon, formant un lac au milieu duquel se dressait une île, qui représentait la colline sur laquelle s'élève maintenant le vieux château.


Épuisées de fatigue, nos deux druidesses s'endormirent.Mais au réveil, Néria se réveilla seule, car dans la nuit, sa soeur avait été enlevée par Emmerock. Épouvantée par la disparition de sa soeur, Néria s'enfuit à nouveau et par un hasard singulier, arriva à l'endroit où s'était englouti le char de la dernière des Néréides, et là n'en pouvant plus, elle s'arrêta et s'endormit profondément.


Quand elle se réveilla, elle était entourée par les habitants du pays. Prenant pitié de sa jeunesse et de sa détresse, les femmes avaient soigné ses blessures et l'avaient étendue sur une couche de buis et de glaïeuls.


Fontaine qui jaillit

Émue de cet accueil, Néria prit le marteau de Tullia et frappa la terre en cinq endroits, puis dans chacun des trous, versa quelques gouttes de l'eau qu'elle avait puisée dans la source de la Moutte Sauvage et réveilla la Néréide qui sommeillait là depuis des années.


Chacun des trous se transforma en un puits profond, dans lequel vint jaillir une abondante source d'eau chaude et merveilleuse, que Néria offrit à ceux qui l'entouraient en les remerciant.

Depuis, des années se sont écoulées, et la source existe toujours. On dit que les habitants du pays ont conservé eux aussi les qualités d'hospitalité et de bienveillance qui avaient séduit Néria et l'avaient incitée à laisser en ce lieu sa source merveilleuse.



Extrait des "Légendes Bourbonnaises" Dr Georges Piquand