La légende de Saint Georges et le Roc du Saint

Sur les bords du Lamaron, en face de Chatelard et au-dessous de Marignon, à mi-cote d'une des collines qui forment comme un cirque autour du ruisseau, deux rocs, l'un comme une épaisse dalle retombant sur l'autre, ont donné naissance à un abri qui a l'aspect d'une grotte peu profonde.
C'est en ce lieu qu'on place la légende d'un horrible dragon à la tête de caïman, avec des yeux d'émeraude, à la croupe d'alezan, qui endormait, par ses chants langoureux, et qui par son haleine, desséchait le torrent et l'herbe de ses rives. Blotti dans cette caverne le jour, il en sortait la nuit pour de tragiques randonnées, afin de se repaitre des imprudents ou des coureurs d'aventures qui s'égaraient dans les gorges du Lamaron.
Pour apaiser ses transports furieux et restreindre le nombre de ses victimes, on devait déposer à l'entrée de son antre, les couvées de vingt gélines blanches ou de larges gateaux d'orge et de miel...
Un jour, la gracieuse Yollande, la fille d'un noble chatelain voisin, attirée par la douceur de la voix du dragon et l'éclat ensorcelleur de ses yeux, est happée par le monstre. Un chevalier accourt et combat le dragon, mais, touché par la langue empoisonnée de la terrible bête, il tombe mort.
Un autre noble paladin s'attaque à son tour au dragon et l'égorge, puis le jette hors de sa roche escarpée. Le vainqueur du dragon aurait été un vaillant chevalier, devenu un pieu ermite. Cet exploit a été attribué à Saint Georges qui aurait ensuite choisi comme demeure le roc tant redouté et y aurait vécu de longues années.
Il était un sujet d'édification pour toute la cité et avait fait surnommer la grotte qu'il habitait "le roc du saint".
Tiré des écrits du Chanoine Joseph H.M. Clément